Exposition Picasso, Chagall, Miro, Braque, Fautrier et Tapiès à Prague, Galerie Miro

 

J’entre dans un espace clos, qui se révèle infini par la puissance illimitée que ses œuvres dévoilent. Quelques grands maîtres exposés, réunis autour de quelques motifs principaux. Signalons-en un : le cirque et son univers. Les saltimbanques se saluent d’un tableau à l’autre. Les trapézistes traversent les différentes œuvres avec habileté et souplesse. Votre regard établit alors les connexions entre les différentes créations. Et soudainement, l’on comprend ; l’on saisit les clés de lecture.

 

Chagall a osé un pari : vous plonger dans un univers aussi festif que paisible. La douce courbe de ses traits vous confine dans un cocon tranquille. Et pourtant, le mouvement n’y est pas éteint pour autant. Non, une véritable dynamique est présente. On entend presque  le balancier du trapèze, les applaudissements légers des personnages qui flottent dans l’espace. Et si vous vous  approchez de plus près, vous distinguerez peut-être, au loin, en sourdine, la douce berceuse qui rythme le sommeil des couleurs du peintre. Toute l’ambivalence se tient là : dans cette tension délicate que le peintre expose entre un monde explosif de sensations, et celui d’une présence rassurante, presque maternelle.

 

Picasso, quant à lui, se montre bien plus autoritaire. Vous vous sentez happé brusquement par les lignes de fuites qu’il dresse, par sa rigueur sur la perspective qu’il bouleverse avec ingéniosité. Picasso est le maître. Je suis son élève. Il éduque mon regard et l’oriente vers l’arrière-plan du tableau. Sur cette lithographie qu’est La famille du Saltimbanque, l’auteur se déjoue des normes classiques, des règles. Plus rien ne l’arrête pour communiquer avec son spectateur par la complicité du regard qu’ils auront partagé. Picasso invite à observer un endroit de la scène précis : là où se trouve justement le personnage du saltimbanque. Il vous conduit directement au point de mire de son œuvre : le saltimbanque. Le reste n’est que tracé. Il semble presque qu’il vous glisse ces quelques mots au creux de l’oreille : « Va au centre de mon œuvre, saisis l’essentiel ».

 

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