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Contes cruels de la jeunesse, Nagisa Oshima 1960
La voilà cette jeunesse flamboyante qui repousse les limites d’une société japonaise paralysée par son histoire meurtrière. La voilà l’histoire de ce couple qui ose franchir les barrières d’un amour passionnel. Il n’est plus question d’une fade résignation à ce monde chaotique japonais de l’après-guerre. Makoto est une femme libre, prête à tout pour savourer les premiers plaisirs de la jeunesse. Insouciante ? Peut-être. Naïve ? Sûrement, pour se laisser ramener chez elle à l’improviste par des inconnus. Seulement, un jour, la situation dérape. Le viol est proche. Un jeune homme passe justement ce soir-là ; il voit la scène et sauve la jeune femme. S’en suit un amour total entre ces deux personnages, si passionnel qu’il ne peut déboucher que sur une fin fatale : la mort. Pourtant, le tableau de cette jeunesse marginale frappe le spectateur. Quel exploit de la part du réalisateur que celui de nous donner à voir ce jeune couple enflammé, en lutte acharnée contre les valeurs de corruption et de prostitution qui inondent le japon. Quelle montée en puissance et coup de tonnerre lorsque ces deux jeunes idéalistes à contre-courant, réalisent que leur plus belle victoire sera consacré uniquement dans la mort. Quel crescendo admirable que celui de refuser de mettre en scène la violence pure et dure pour la suggérer de manière plus implicite. Il n’y a qu’à se figurer cette scène où l’amant mastique une pomme d’un vert éclatant aux cotés de Makoto dans cette pièce close, si sombre, noyé dans un silence terrifiant. Et voilà, le chef d’œuvre apparaît. Un tableau est né. Oshima devient peintre pour quelques minutes. Son œuvre pourrait être intitulé « une beauté violente ». Les spectateurs tremblent sur leur fauteuil. Ils s’agitent quelque peu. Et paradoxalement, ils ne reprennent leur souffle qu’au paroxysme du tragique, à la mort des deux gamins, pauvres victimes de l’archipel japonais qui, lui, semble prendre plaisir à observer de son œil noir, avec sadisme, la décrépitude de sa propre jeunesse, et de son avenir...
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