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La face cachée de la lune Conception et mise en scène de Robert Lepage Théâtre de Grand Québec « La Lune possédait un deuxième visage, beaucoup plus marqué et blessé par les nombreuses collisions de météorites » (…) c’est « la face défigurée de la Lune »(…) Le spectacle raconte l’histoire « de deux frères cherchant continuellement dans le regard de l’autre un miroir pour y contempler leurs propres blessures, ainsi que leur propre vanité » Robert Lepage Robert Lepage, figure invétérée du théâtre, et géant incontesté de la mise en scène, signe ici une représentation inouïe. Pourtant le décor est à l’heure du dépouillement. Mais les quelques objets insolites sur scène ne sont pas sans portée symbolique. Le simple hublot d’une machine à laver devient celui d’une fusée, comme le bocal d’un poisson. Les murs s’ouvrent, se ferment dans une machinerie surprenante et réglée à la perfection. La mise en scène épouse le texte et son unique comédien, Yves Jacques. Le sujet est simple, certes : la réconciliation de deux frères à la mort de leur mère. L’accent est d’ailleurs plutôt décalé avec finesse sur l’univers imaginaire et poétique de l’un des deux frères, et le spectateur se laisse facilement envoûter par l’infiniment petit des pensées humaines qui tentent de faire le grand saut dans l’espace inconnu du cosmos. Nous sommes bien au théâtre et pourtant, la poésie est à l’heure. Il n’y a qu’à observer l’émotion qui vous gagne lorsque le comédien récite quelques strophes d’Emile Nelligan. Deux genres littéraires entrent en compétition. Car, en effet, quoi de plus poétique que la figure de la lune, et de sa face cachée ? Quoi de plus poétique que de mêler la nostalgie du passé de ces deux grands gamins, à une parole incarnée, une parole du présent, une parole de la scène ? Et si la poésie, comme l’explique Valéry, a pour vocation de surprendre et de combler le lecteur, ici également, le spectateur ressent ces effets. Alors, la pièce représentée, dépasse le cadre des représentations traditionnelles. Le théâtre est métamorphosé. Il est le berceau de la poésie. El la pièce, elle, devient un poème de l’instant. Albine Dufouleur Devant deux portraits de ma mère Ma mère, que je l’aime en ce portrait ancien, Peint aux jours glorieux qu’elle était jeune fille, Le front couleur de lys et le regard qui brille Comme un éblouissement miroir vénitien ! Ma mère que voici n’est plus du tout la même ; Les rides ont creusé le beau marbre frontal ; Elle a perdu l’éclat du temps sentimental Où son hymen chanta comme un rose poème. Aujourd’hui, je compare, et j’en suis triste aussi, Ce front nimbé de joie et ce front de souci, Soleil d’or, brouillard dense au couchant des années. Mais mystère de cœur qui ne peut s’éclairer ! Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ? Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer ? Emile Nelligan |


