|
Exposition à la Bibliothèque de la part-dieu du 18 septembre 2010 au 15 janvier 2011 James NACHTWEY -Photographies
« La photographie met un visage sur les évènements, ce qui peut, vu de loin, apparaître comme une abstraction, une idéologie ou un traumatisme monumental. Mais toutes ces histoires et parmi elles, celles qui provoquent le plus grand choc, sont souvent au niveau des histoires locales. Ce qui se passe au niveau du terrain loin des centres de pouvoir, c’est ce que vit le citoyen ordinaire, chacun individuellement. » James Nachtwey
Hôpital croissant rouge de Kaboul, en 1996. Un jeudi du mois d’octobre peut-être. A l’aube sûrement, quand la douleur accouche brutalement. Un adolescent de 12 ans, le pied déchiqueté par une mine, pousse un cri inhumain. C’est le chaos de cette guerre qu’il rejette de toutes ses forces, c’est la bêtise humaine qu’il vomit à jamais à travers ce son déchirant. Le photographe est présent à cette scène macabre. Il n’hésite plus. Il faut montrer, se dit-il, exposer dans le plus grand respect, ce cri, afin qu’ils puissent, occidentaux et citoyens d’un Etat libre, (re)prendre conscience de l’ignominie des massacres. L’enfant, à moitié allongé sur son lit lève la tête et fixe l’objectif, en hurlant. Le cliché est dans la boîte. Le cri est là, confiné dans l’image, tout prêt à résonner de nouveau dans la salle d’exposition. Ce cri ouvre la voie aux autres photographies qui témoignent une à une des conséquences dramatiques des conflits ou catastrophes naturelles en tout genre du XXème et XXIème siècle sur différents continents. Des génocides en Somalie (1992), au Rwanda (1994) et dans les Balkans (1993-1999), aux attentats du 11 septembre 2001 à New-York ou au terrible tsunami à Haïti en 2010, en passant par les ravages des guerres en Irak et en Afghanistan, l’auteur expose sa propre vision de la guerre. Un patchwork d’images frappantes qui par le biais de portraits saisissants vous lient à l’histoire de ces différents peuples et vous amènent au constat suivant. Par l’image, se crée un lien indubitable entre ces blessés, ces orphelins, et ces veuves, toutes générations confondues, et le spectateur. Evoquer visuellement, de manière crue et réaliste ces ailleurs si souvent stéréotypés ou abstraits afin que chaque spectateur puisse rejoindre la dignité de ces hommes. Voici une gageure admirable. Il ne s’agit pas d’introduire sournoisement une lourde culpabilité dans l’esprit du spectateur, mais bien de renouer par le biais de l’image avec ces humanités mutilées par les divers affrontements. Le soleil se couche doucement dans une ville d’Afrique du Sud en 1992. La lumière ocre tend vers le rosé. Elle s’étale en une tâche rouge sur le mur d’une maison en paille. Un enfant, le regard porté au loin, est adossé contre une porte d’une maison. Et tandis que les rayons du soleil s’étalent en une tâche rouge sang sur le mur de la demeure, l’ombre d’un soldat armé apparaît sur un côté du mur. La soirée d’été s’annonçait chaude. Le soldat hante le mur, sa silhouette se répand étrangement sur la façade et semble se rapprocher insidieusement de l’enfant...La guerre devient ce fléau traître prêt à jaillir à chaque instant. Clic. Trop tard. Le mécanisme est enclenché. L’enfant est sain et sauf. Immortalisé par l’image, une fois de plus. Albine Dufouleur
|


