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Dans le cadre du festival Lyon-Moscou-Saint Petersbourg du 12 au 27 novembre à Lyon, Et en collaboration avec l’institut lumière, l’auditorium de Lyon présente : Ciné-concert symphonique Orchestre national de Lyon Chœur du théâtre Mariinsk Evguenia Podymalkina : mezzo soprano Ernst van Tiel : direction
Alexandre Nevski, Serguei Eisenstein 1938, 1h48, N&B
Les images se succèdent brièvement. Le rythme de leur enchaînement se mêle à celui des partitions vibrantes et emphatiques de Prokofiev, qui naît sous vos yeux. Le spectateur est happé par ces plans en contreplongée, par ce manichéisme tant grotesque que terrifiant. Nous sommes au XIIIème siècle. Alexandre Nevski combat fermement les chevaliers teutoniques. En réalité, la leçon est claire. C’est la grande Russie qui rayonne à travers l’héroïsme d’Alexandre, c’est le pouvoir et la prestance infinie de ce continent qui transparait par l’immensité des étendues du territoire qui se déploient sous vos yeux. Le prétexte d’une fiction pour endoctriner en tapinois le peuple russe sur le danger de sa voisine nazie est à l’œuvre. Et Eisenstein n’y va pas de main morte : chaque tableau qui défile est une véritable composition en diptyque : la victorieuse Russie et l’ardeur au combat de son peuple uni contre les troupes germaniques plus disparates et vicieuses. La musique résonne dans votre tête, et de minutes en minutes, le son fracassant et régulier des tambours catapulte une vague de frissons dans l’assemblée. Les esprits s’engourdissent peu à peu et voilà que les mots s’escamotent, votre pensée est freinée. Seul le proverbe final vous glace durablement : « Qui entre par le glaive sur les terres russes périra par le glaive… ».Et voilà que les gros plans du combat hantent votre imaginaire. Les scènes ont presque capté votre raison. Et pendant quelque secondes, l’excellence et l’éclat du patriotisme russe, accentués par la présence des chœurs populaires, ensommeillent votre réflexion. L’image mariée à la musique double l’effet de propagande. Quel prodige scandaleux que d’avoir recourt à l’image cinématographique pour marquer visuellement des esprits, si facilement soumis à son impact. Quelle perversion osée que celle d’exploiter l’art au service de causes idéologiques d’un temps. L’image par la puissance de son emprunte n’est-elle pas plus que jamais le support idéal de la manipulation ?
Albine Dufouleur
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