Exposition André Kertész (1894-1985)

Musée des Tuileries, Jeu de Paume

Paris

28 Septembre- 06 Février 2011

Un pionnier de l’art photographique. Une référence dans le monde de l’image. Le nageur sous l’eau de 1917 mondialement reconnue tapisse les murs du musée des tuileries. L’exposition retrace la carrière exceptionnelle de cet homme passionné par la puissance évocatrice de l’image. La photo n’est plus seulement une simple transcription d’une réalité extérieure, elle devient un langage, autonome et original. Malgré la diversité des périodes de l’auteur, l’exposition se propose de retracer la continuité et la détermination d’une démarche intacte pendant de nombreuses années. Il s’agit pour Kertesz d’un véritable « journal intime visuel » propre, lui-aussi, à rendre compte des états d’âme du personnage. Barthe insistera également sur l’approche originale de ce hongrois en assimilant son art à une pensée en image. Les photos affichées, uniques héritages d’un parcours tant géographique que personnel, font dégager nettement une singularité poétique hors norme. Mais le point de mire de l’exposition est sûrement cette période plus obscure et expérimentale qui précède les années noire à New-York, celles où l’art de la distorsion est à l’œuvre. La technique est simple : par l’intermédiaire de deux miroirs déformants, Kertesz étonne, tâte l’image, la façonne tel un potier. Des étirements grotesques surgissent, des protubérances monstrueuses, et des déformations étonnantes apparaissent. L’ombre et le double sont les terrains d’expérimentation de Kertesz. Par cet art de la déformation, une dimension métaphysique surgit : « l’ombre détachée de la figure par son cadrage, se substitue au personnage et devient la figure de son absence ». Elle représente ainsi la part invisible et inquiétante du moi. Mais Kertesz pousse sa passion plus loin, il devient littéralement un aventurier de l’image en inaugurant par la maîtrise de son art, les premiers reportages photographiques dans divers magazines d’actualité. La fin de sa vie, teintée d’un certain pessimisme et d’une angoisse certaine quant à la vanité des choses et de l’homme, ne pourra que couronner une carrière brillante par une série de photographies new-yorkaises construites de manière remarquable. La photo devient plus seulement une représentation originale et unique du monde de Kertesz. Elle la dépasse, en donnant à voir l’univers intérieur de Kertesz, lui-même.

Albine Dufouleur