Musée d’art contemporain, Montréal

Actes de présence

Du 4 novembre 2010 au 27 mars 2011

 

Barbara Probst

"Exposure #44: Barmsee, Bavaria, 08.18.06, 4:37 p.m."
2006
2 parts: 44 x 66 inches/112 x 168 cm each

 

Approche timide du mouvement que traduit la première photographie. Déjà, on saisit à l’instar de l’auteur, que l’image est traître. Elle ne correspond pas à la réalité vécue. Photo d’un souvenir, d’une promenade au coin du lac, durant un après-midi  de la fin septembre avec cette jeune femme. Mille scénarios sont possibles. Voilà un premier message : l’incapacité de la prise à traduire toute la réalité du moment vécu, ou plutôt peut-être, sa performance à trahir et tronquer la réalité du lieu, de l’instant dans lequel elle prend vie. Le mouvement de la femme pourrait apparaître comme un défaut, une ombre au paysage. Non, justement, elle traduit bien au contraire, la richesse du souvenir dans sa totalité. Il ne s’agit plus d’un point de vue, mais de bien restituer  la globalité du moment vécu. Voilà une interprétation possible de cette première photographie.

Le spectateur ne peut être que désarçonné quand surgit à son côté la deuxième œuvre. Malice de l’artiste que de proposer finalement une mise en abyme ingénieuse  quant à l’art photographique. Le trompe l’œil est efficace. Quelle geste osé que de mettre en scène son propre art, et par la photographie finale de le figer dans toute l’intensité de son mouvement. L’esprit du spectateur ne se prend plus au piège dès lors. Par ce panorama déployé sous ses yeux, il devient à même de prendre du recul et  arpente, tout apprenti qu’il est, le chemin de la critique pas à pas.

Rober Racine-dictionnaire A-1982

 

Des pages. Un dictionnaire. Des mots. Des blancs entre ces mots. Et sur ces quelques mots, un miroir. L’amorce d’un visage, trois mèches échappées d’un chignon serré surgissent. L’auteur invite à un véritable jeu de piste du mot, en posant sur les lettres qui le composent, une surface qui reflète le spectateur. La réflexion du spectateur s’anime. Et les questions se battent en duel. Ce n’est plus tant la recherche du mot qui fascine le spectateur, que la mise en marche de son esprit critique. Les mots et le corps, quels rapports entretiennent-ils ? Les mots, en tant que matériaux physiques sur une modique page de dictionnaire ou d’encyclopédie, s’érigent contre la matérialité de notre corps. Finalement, l’exposition à proprement parler des mots sur le mur du musée sonne le glas d’une rébellion : L’intellect est capable de s’incarner, lui-aussi.

Alors la seule réconciliation possible devient le miroir, en permettant une symbiose inédite où cohabitent enfin le corps et l’esprit, virtuellement.

Et dérive une question immédiatement : la littérature, cette production de mots organisée, que fait-elle finalement, sinon de nous renvoyer à notre propre image ?  

Albine Dufouleur